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Antidote de Shay : le hip-hop féminin n’est pas mort

Shay a dévoilé Antidote, second opus longuement attendu par les fans. Ce nouveau projet s’écoute comme une déclaration d’indépendance de la rappeuse belge, qui assume sans concession vulnérabilité, égocentrisme et sensualité.

Jolie Garce, le premier album de Shay nous avait laissé un arrière-goût amer. Peu exploité dans son potentiel artistique, les auditeurs s’étaient retrouvés face à des titres qui auraient pu être chantés par n’importe quel autre artiste urbain. Jolie Garce n’était pas inécoutable, loin de là, de nombreuses productions sentaient l’été (même si l’album était sorti en décembre 2016) et certaines punchlines avaient marqué les esprits.

Néanmoins, Shay a une personnalité forte, un monde — assez sombre, certes — bien à elle, mais rien dans ce premier projet ne laissait à l’auditeur l’occasion d’en savoir plus sur elle. N’était-elle qu’un énième produit marketing de l’industrie rap française ? Un constat assez déplorable quand on se rend compte que le hip-hop féminin n’existe plus en France. 

Antidote : sexe, liquide et sensibilité

Puis Antidote arriva. Tel un Deus ex machina, ce nouvel opus de la rappeuse a rectifié le tir de Jolie Garce et a prouvé au hip-hop francophone que les femmes n’étaient pas en reste. Mieux encore, Shay s’était enfin laissée l’occasion d’explorer d’innombrables volets de son identité. Et tant pis si elle se montrait vulnérable. C’est, semble-t-il, l’objectif de son deuxième album : sortir du schéma narratif traditionnel de la gangsta bitch pour s’afficher sous un nouveau jour. 

Pendant que des titres comme Liquide, Oh Oui et Ich Liebe Dich suivent la continuité de Jolie Garce par leur impudence et leur aptitude à réduire la gente masculine à un portefeuille ambulant, Pleurer (écrit par Damso), Désillusions ou Amour & Désastres parcourent des sentiers plus sensibles de sa personnalité. Antidote est un catalogue d’émotions dans lequel règne une parfaite symétrie. L’album s’écoute de bout en bout, chaque titre racontant une histoire différente suivant le fil du précédent morceau. Shay exacerbe l’égocentrisme et la sensualité (Même pas bonne), aspire à une vie meilleure pour elle (BXL) et sa mère (Villa) et dénonce à sa manière le 9 to 5 du smicard (Cocorico) – car oui, la rappeuse belge aime l’argent. 

Une déclaration d’indépendance inédite

Tout au long d’Antidote, Shay alterne rap énervé et déclarations semi-sentimentales, se projette dans un avenir incertain et s’imagine, solitaire, sur le chemin du succès. La rappeuse ne se rattache jamais à une figure masculine et s’insère dans un discours anti-macho où la femme a le dernier mot. Comme pour le processus créatif de son album mené avec brio, elle pilote ses relations amoureuses et n’hésite pas à partir lorsqu’elle n’y trouve plus son intérêt.

Cette déclaration d’indépendance est tout à fait inédite dans un paysage hip-hop francophone saturé par les tirades sexistes. Pour la première fois, une femme assume sa sexualité et sa sensualité sans s’inquiéter de l’avis des hommes. Fantasme, sex-symbol ou femme-objet, elle laisse à l’auditeur le loisir se forger sa propre idée puisqu’elle ne répond pas aux critères accolés aux femmes.

Antidote redonne vie à une Shay épanouie dans la musique. Le mélange de beats arrangés à la perfection aux paroles, de robustesse et d’exploration artistique donnent corps à un projet cohérent et concret.

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